the-man-in-the-high-castle

Saison : 1

Diffusion : du 15 janvier 2015 au 19 novembre 2015 sur Amazon Prime Video

Vu en : version originale sous-titrée

Ma critique : En 2010, le géant du e-commerce Amazon s’est lancé dans la production de contenus télévisuels en créant Amazon Studios. Ces studios ont donné naissance à des séries qui ont ensuite été diffusées sur la plateforme Amazon Prime Video, qui marche sur les plates-bandes de Netflix. Parmi ces œuvres made in Amazon, figurent notamment « Transparent », « Mozart in the Jungle » et « The Man in the High Castle”. C’est à cette dernière que nous allons nous intéresser aujourd’hui.

Adapté du roman éponyme de Philip K. Dick publié en 1962 aux États-Unis, « The Man in the High Castle » est une série uchronique qui part d’un postulat aussi original que déstabilisant : l’Allemagne nazie a remporté la Seconde Guerre Mondiale. La série démarre à New-York, en 1962. Dix-sept ans après la fin de la guerre, le territoire qui constituait autrefois les Etats-Unis d’Amérique est désormais scindé en deux : à l’ouest, la partie sous domination japonaise et, à l’est, la partie sous domination allemande. Entre les deux, subsiste une zone neutre où se réfugient les populations pourchassées par les nazis. Pour nous faire découvrir de l’intérieur ces trois territoires limitrophes, la série nous présente plusieurs personnages dont les trajectoires s’entremêlent. La qualité d’écriture de ces personnages est malheureusement inégale. Tantôt, la série en fait trop. C’est le cas du marshall caricatural interprété par Burn Gorman. Tantôt, la série n’en fait pas assez. On pense notamment à l’héroïne Juliana Crain, incarnée par Alexa Davalos, à laquelle on ne parvient pas à s’attacher. Cela est certainement dû à des motivations qui n’ont jamais été réellement définies, et à une indécision lassante qui rappelle les défauts de la charismatique Olivia Pope dans « Scandal ».

Tous ces personnages gravitent autour d’un même élément : des films, créés par un homme surnommé « The Man in the High Castle », qui dépeignent les Alliés remportant la Seconde Guerre Mondiale. Ces films créent une sorte de miroir inversé : ils présentent un univers parallèle qui correspond aux années 1960 telles que nous les avons étudiées dans les livres d’histoire, mais qui ne correspond pas aux années 1960 sous domination nazie dans lesquelles sont plongés les personnages de la série. Notre réalité de spectateurs est une fiction pour les personnages, et leur réalité est notre fiction.

the-man-in-the-high-castle-john-smith

Le fait d’évoluer dans un univers uchronique n’empêche pas la série d’être crédible, bien au contraire. La qualité première de « The Man in the High Castle » est qu’elle nous plonge dans un environnement incroyablement réaliste, où chaque détail a son importance. Sur le drapeau américain, la croix gammée a remplacé les cinquante étoiles, et le culte de la personnalité d’Hitler est omniprésent. La série nous glace le sang mais on la regarde quand même, comme si on aimait se faire peur. « The Man in the High Castle » est une sorte de “Black Mirror” du passé qui nous montre ce à quoi on a échappé. En nous mettant face à notre pire cauchemar, la série nous plonge dans une profonde réflexion sur la construction des régimes totalitaires et sur la nature humaine en général. Cela n’est pas sans rappeler l’excellent roman « La Vague » publié en 1981.

Dans la continuité de l’expérience du professeur Ron Jones, qui a démontré la facilité avec laquelle naissent les mouvements totalitaires, « The Man in the High Castle » nous montre la capacité d’expansion de ces machines infernales. Pour cela, la série nous fait découvrir le nazisme de l’intérieur en nous invitant dans l’intimité d’un haut dignitaire nazi. Cet homme, Oberstgruppenführer John Smith, est incarné à la perfection par le britannique Rufus Sewell qui signe la meilleure performance de la série. Monsieur Smith est le seul personnage qui nous captive réellement. Ses trajectoires ne ressemblent pas à celles qu’on a l’habitude de voir.

En fait, « The Man in the High Castle » puise moins sa force dans ses personnages et dans son intrigue que dans son environnement uchronique angoissant et déprimant. Sa tristesse est soulignée en chaque début d’épisode par un générique de qualité rythmé par la chanson « Jeanette Olsson – Edelweiss », une sorte de cri du cœur qui mêle espoir et désespoir.

Ma note : 15/20