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Sortie : 23 décembre 2015

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Ma critique : La crise financière mondiale de 2008 est un événement majeur du 21ème siècle. Ses causes, son déroulement ainsi que ses conséquences forment un sujet si dense qu’il existe sans doute mille-et-une façon de le traiter. Plusieurs cinéastes s’y sont essayés, chacun avec angle d’approche différent.

En 2012, J.C. Chandor réalise son premier long-métrage, « Margin Call ». Il nous plonge au cœur d’une grande banque américaine quelques heures avant le krach boursier. On y suit une équipe de traders incarnés par des acteurs de renom (Demi Moore, Kevin Spacey, Jeremy Irons, Simon Baker), qui se démènent pour sauver leur peau et limiter les dégâts.

En 2015, Ramin Bahrani frappe fort avec « 99 Homes » et rafle le Grand Prix au Festival du Cinéma Américain de Deauville. Ce thriller social porté par Michael Shannon et Andrew Garfield met l’accent sur une conséquence particulièrement traumatisante de la crise financière : les saisies immobilières et les expulsions qui s’en sont suivies.

A la fin de l’année 2015, le réalisateur Adam McKay laisse de côté les comédies pour nous offrir une véritable pépite : « The Big Short : le casse du siècle », adapté du best-seller « The Big Short: Inside the Doomsday Machine » écrit par Michael Lewis et publié en 2010. De mon point de vue, il s’agit tout simplement du meilleur film réalisé sur la crise financière mondiale de 2008.

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« The Big Short : le casse du siècle » nous présente les destins croisés de trois « outsiders and weirdos » qui, non seulement, ont vu venir l’éclatement de la bulle immobilière américaine, mais ont parié dessus et se sont enrichis. Le casse du siècle, en somme. Ces trois financiers ingénieux sont incarnés par une brochette d’acteurs talentueux que l’on prend un grand plaisir à voir jouer ensemble : Ryan Gosling, Christian Bale et Steve Carell.

Dès les premières secondes du film, le ton est donné : Jared Vennett, incarné par Ryan Gosling, narre l’histoire d’un ton ironique et sarcastique, et brise régulièrement le quatrième mur afin de s’assurer de notre implication totale.

« The Big Short : le casse du siècle » est un film engagé qui possède une visée éducative indéniable. Jared Vennett nous interpelle (“I’m guessing most of you still don’t really know what happened.”) et nous donne une seconde chance de comprendre la crise financière de 2008. Pour ne pas nous perdre en chemin, Jared explique chacun des termes techniques utilisés. Mieux encore, il délègue certaines définitions à des célébrités. C’est ainsi que l’actrice Margot Robbie, dans son bain et une coupe de champagne à la main, nous parle du Lewis Ranieri’s mortgage bond, ou que la chanteuse Selena Gomez, en pleine partie de black jack, détaille le fonctionnement d’un synthethic CDO.

« The Big Short : le casse du siècle » est passionnant et réellement instructif. Mais, sur un tel sujet, qui dit instructif dit aussi révoltant. En effet, nous assistons à un naufrage massif en partie causé par des financiers cupides, profondément égoïstes et conscients d’appartenir à un système intouchable et quasiment inébranlable. Car, même si certaines banques ont fait faillite, les institutions financières ne semblent pas avoir appris de leurs erreurs : les notes de fin du film nous montrent bien que tout cela pourrait se reproduire demain.

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Si on ne sombre pas totalement dans la déprime, c’est parce que « The Big Short : le casse du siècle » a également une visée divertissante. Son montage très dynamique, réalisé par Hank Corwin, participe à la cadence effrénée du film. De plus, le récit est entrecoupé d’images d’archives en tous genres qui, s’enchaînant très rapidement, viennent illustrer les propos des personnages. On voit ainsi défiler des hommes politiques (Ronald Reagan, George W. Bush), des chanteurs (Britney Spears, Tupac Shakur, Pharell Williams, Ludacris) ainsi que des célébrités (Tom Cruise, Lance Armstrong). Ces choix originaux d’Adam McKay contribuent à la singularité de ce long-métrage.

Enfin, on retiendra certaines scènes à la fois amusantes et lourdes de sens. On pense notamment à la scène où deux protagonistes se rendent à l’agence de notation Standard & Poor’s pour y rencontrer une responsable : Georgia, une femme âgée qui dit avoir des problèmes de vue… Habile représentation d’une institution qui a longtemps fermé les yeux sur la réalité des mortgage-backed securities (MBS) en continuant de leur attribuer des triples A alors que leurs prêts sous-jacents faisaient défaut.

En conclusion, « The Big Short : le casse du siècle » est une grande réussite. Il s’agit d’une critique audacieuse, originale et marquante du monde de la finance.

Ma note : 18/20