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Diffusion : le 15 juillet 2016 sur Netflix

Vu en : version originale sous-titrée

Ma critique : En 2013, les débuts de l’excellente série « The Americans » instaurent une plongée hebdomadaire dans l’Amérique des années 1980. Ses créateurs, Joe Weisberg et Joel Fields, s’intéressent en effet aux missions d’espionnage menées dans le cadre de la guerre froide, qui a opposé les Etats-Unis à l’URSS de 1947 à 1991. En 2016, l’anthologie britannique « Black Mirror » s’approprie à son tour les années 1980 pour construire son extraordinaire épisode « San Junipero » (https://moviesaddiction.fr/black-mirror-saison-3-episode-4/). Les créateurs de séries seraient-ils nostalgiques des eighties ?

En juillet 2016, la nouvelle série originale de Netflix, intitulée « Stranger Things », enfonce le clou. Non seulement elle se déroule dans les années 1980, mais elle fait constamment référence aux diverses œuvres qui ont marqué cette période. A l’instar du film « Ready Player One », « Stranger Things » est un concentré de clins d’œil plus ou moins appuyés qu’il est amusant de remarquer. Certains ne pourront être décelés que lors d’un deuxième voire troisième visionnage, d’autres sautent aux yeux. C’est le cas du parallèle évident avec « E.T. L’extraterrestre » : le jeu de société Donjons et Dragons, la bande d’enfants à vélo et bien sûr l’étrange personnage que ceux-ci découvrent, dissimulent et protègent. L’ombre de Steven Spielberg s’épaissit lorsqu’on aperçoit un poster de « Jaws » dans la chambre de Will.

 « Stranger Things » se déroule dans une ville fictive baptisée Hawkins. Située dans l’Indiana aux Etats-Unis, elle est décrite par ses policiers comme étant paisible. On note d’ailleurs que, dans la série « Parks and Recreation », l’Indiana avait déjà été choisi pour abriter une ville fictive sans histoires (Pawnee). L’intrigue de « Stranger Things » démarre lorsque le petit Will Byers (Noah Schnapp), âgé d’une dizaine d’années, disparaît. Ses trois meilleurs amis partent alors à sa recherche et sont très vite confrontés à une multitude d’événements paranormaux.

Il ne suffit à « Stranger Things » que d’un épisode pour nous happer dans son univers. La reconstitution des années 1980 est visuellement remarquable, à quelques anachronismes près (voir cet article du Figaro : http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/stranger-things-erreurs-et-anachronismes-de-la-serie-de-netflix_dbf6f400-d5d3-11e7-8428-569ae9712d9b/). Sans être très originale, l’intrigue retient notre attention notamment grâce à ses multiples axes narratifs. En effet, les meilleurs amis de Will ne sont pas les seuls à remuer ciel et terre pour le retrouver. Il y a également sa mère, son grand-frère, leurs voisins et le shérif de Hawkins. Chacun d’entre eux mène un combat différent, à l’aide des connaissances et moyens matériels dont il dispose. « Stranger Things » est riche de ces trajectoires singulières et complémentaires.

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La plus intéressante est certainement celle des meilleurs amis de Will : Mike, Lucas et Dustin. On apprécie leur loyauté, leur maturité, leur ingéniosité mais aussi leur courage face à des mésaventures toujours plus effrayantes. Leurs personnages sont très bien écrits et, surtout, ils sont incarnés par de jeunes acteurs prometteurs. Finn Wolfhard, Caleb McLaughlin et Gaten Matarazzo sont tout simplement épatants. Ce casting impeccable est l’atout majeur de « Stranger Things ».

Cependant, la véritable révélation de cette série est Millie Bobby Brown, qui incarne le personnage d’Eleven. Son crâne rasé nous rappelle celui de l’impératrice Furiosa (Charlize Theron) dans « Mad Max : Fury Road ». Toutefois, combiné à des facultés intellectuelles hors norme, Eleven ressemble surtout à la précog Agatha (Samantha Morton) dans « Minority Report ». Les répliques laconiques de son personnage sont un défi que Millie Bobby Brown a su brillamment relever. Son visage exprime tantôt une vulnérabilité et un désespoir déchirants, tantôt une détermination et une puissance contrôlée impressionnantes. Espérons que la carrière de cette jeune actrice, aujourd’hui âgée de 14 ans, sera à la hauteur de son talent.

La première saison de « Stranger Things » est donc une œuvre remarquable par son atmosphère en forme d’hommage aux années 1980, son casting formidable, ses sous-intrigues qui s’entremêlent et sa capacité à inclure des éléments paranormaux dans le monde réel. C’est sans surprise que Netflix a renouvelé « Stranger Things » pour une deuxième saison, mise en ligne sur la plateforme le 27 octobre 2017. Cependant, je ne pense pas que je la regarderai. En effet, les éléments les plus captivants étaient pour moi l’enquête sur la disparition de Will ainsi que la découverte de l’univers de la série vis-à-vis duquel je ressentais un certain émerveillement. Celles-ci étant terminées, mon enthousiasme s’étiole. Enfin, au vu des dernières scènes de l’épisode final, il semble que la série va intensifier la présence des éléments fantastiques dans son récit, ce qui ne me réjouit pas vraiment. Je remercie néanmoins les frères Matt et Ross Duffer, créateurs de « Stranger Things », pour cette belle aventure !

Ma note : 14/20