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Chaque année, le Festival de Cannes distribue des accréditations, dites « accréditations Cinéphiles », à des cinéphiles dont la résidence principale est en région PACA ainsi qu’à des classes de section Cinéma-Audiovisuel en France et à l’étranger. Le Festival, fondé en 1946 et réservé aux professionnels du cinéma, s’ouvre ainsi à des non-professionnels ainsi qu’à des futurs professionnels.

Le 9 avril 2018, les organisateurs de la 71ème édition du Festival de Cannes ont fait une annonce inédite qui renforce son ouverture au grand public : ils s’apprêtent à distribuer 1 000 accréditations d’un nouveau genre, intitulées « pass 3 jours à Cannes ». Ces pass sont valables pour les trois derniers jours du Festival c’est-à-dire du 17 au 19 mai 2018. Leurs détenteurs ont accès à une programmation dédiée de la Sélection officielle (Compétition, Hors Compétition, Séances Spéciales, Un Certain Regard, Cannes Classics, Cinéma de la plage) ainsi qu’au Palais des Festivals. Une aubaine pour les amoureux du septième art !

Pour obtenir le « pass 3 jours à Cannes », il faut avoir entre 18 et 28 ans et rédiger une lettre démontrant toute notre passion pour le cinéma. Inutile de vous dire que j’ai immédiatement postulé ! Le 12 avril, c’est chose faite et, douze jours plus tard, je reçois la bonne nouvelle par e-mail : « Nous avons le plaisir de vous confirmer votre inscription au programme « 3 jours à Cannes » pour la prochaine édition du Festival de Cannes. » Quelle joie !

Fraîchement arrivée à Cannes, je découvre une ambiance, un sentiment, celui de n’être entourée que de gens qui partagent la même passion que moi. J’établis mon programme au jour le jour et prends plaisir à me balader sur la plage entre deux projections. En trois jours, j’ai vu cinq films provenant de cinq pays différents : Italie, Liban, France, Maroc et Etats-Unis.

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Le jeudi 17 mai, je commence par « Dogman » de Matteo Garrone. Première projection cannoise, première claque ! « Dogman » est le film coup de poing, ou plutôt coup de tête, de la compétition. Le réalisateur Matteo Garrone nous plonge dans une Italie crasse et violente qui prend aux tripes. L’acteur principal, Marcello Fonte, mérite grandement le Prix d’Interprétation Masculine et, fort heureusement, il l’obtient quelques jours plus tard.

Puis, j’ai la chance d’obtenir une invitation pour voir « Capharnaüm » dans la célèbre salle du Grand Théâtre Lumière, en présence de l’équipe du film. Ce film libanais est une immersion réaliste, prenante et émouvante au cœur de bidonvilles libanais pour traiter de sujets graves et actuels. La réalisatrice Nadine Labaki s’étant entourée d’acteurs non professionnels qui ne jouent pas un rôle mais dépeignent leur quotidien, c’en est encore plus touchant. Le jeune Zain Al Rafeea, réfugié syrien de 14 ans, est absolument épatant dans le rôle principal. L’équipe du film mérite amplement la longue standing ovation que lui réservent les spectateurs à l’issue de la projection. Même succès auprès du jury puisque le film est par la suite auréolé du Prix du Jury.

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Le vendredi 18 mai, je me lève aux aurores pour aller voir « Un Couteau dans le Cœur » de Yann Gonzalez, à la séance de 8h30. Ce film français est une virée dans le porno gay des années 1970 durant laquelle on frôle l’overdose de sexe pour une intrigue plutôt banale. Mais il a un charme fou ! Jeux de lumière, plans inventifs, musique hypnotisante de M83, décors et looks vintage… Tout est réuni pour créer une identité visuelle et sonore marquante.

Ensuite, je vais voir le premier long-métrage de Meryem Benm’barek, intitulé « Sofia ». Ce film attire notre attention sur la loi marocaine disposant que les relations sexuelles hors mariage constituent un délit. Pour nous amener à questionner cette loi et ses conséquences, la réalisatrice marocaine nous présente une jeune casablancaise de 20 ans qui, suite à un déni de grossesse, bascule dans l’illégalité en accouchant d’un bébé hors mariage. Œuvre consternante, captivante et utile, « Sofia » est une réussite. Le film remporte le Prix du Meilleur Scénario dans la catégorie Un Certain Regard.

Ma cinquième et dernière projection cannoise a été « Blackkklansman » de Spike Lee. Le synopsis – l’histoire vraie d’un policier noir qui infiltre le Ku Klux Klan – m’avait beaucoup intriguée. Malheureusement, j’ai été déçue par la forme du film. Sans surprise et souvent caricatural, « Blackkklansman » est une comédie peu réussie qui insiste lourdement sur les parallèles que nous devons faire avec l’actualité d’aujourd’hui. Au final, le film ne nous convainc ni en tant que comédie ni en tant que film engagé dénonçant le suprémacisme blanc.

Pour conclure, mon premier Festival de Cannes était une aventure merveilleuse qui m’a permis de découvrir des films variés et de rencontrer plein de gens passionnés. J’espère de tout coeur renouveler l’expérience l’année prochaine !