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Sortie : 27 juin 2018

Vu en : version originale sous-titrée

Ma critique : « Love, Simon » est l’adaptation du roman « Simon vs. the Homo Sapiens Agenda », paru en France en 2015 sous le nom de « Moi, Simon, 16 ans, Homo sapiens ». Il s’agit du premier roman de la psychologue américaine Becky Albertalli. Celle-ci est allée puiser dans son expérience professionnelle pour dresser le portrait de Simon, un adolescent de 17 ans qui renferme selon ses dires un « huge-ass secret » : son homosexualité.

Le scénario de « Love, Simon » a été écrit par Elizabeth Berger et Isaac Aptaker, deux scénaristes chers à mon cœur puisqu’ils ont travaillé sur ce bijou de télévision qu’est « This Is Us » (ma critique : https://moviesaddiction.fr/this-is-us/). « Love, Simon » n’a pas la puissance émotionnelle extraordinaire de « This Is Us », mais les deux œuvres partagent une générosité et une sincérité évidentes qui participent à leur effet feel good.

La première grande histoire d’amour de Simon constitue le point de départ d’un film dans lequel tout le monde semble s’être réellement investi, du studio au réalisateur en passant par les acteurs. La 20th Century Fox devient le premier grand studio hollywoodien à placer une romance entre deux adolescents homosexuels au cœur de l’un de ses films. Le réalisateur américain Greg Berlanti, lui-même homosexuel, s’applique à créer le type de film qu’il aurait aimé voir lorsqu’il était au lycée. C’est très logiquement qu’il s’est identifié à Simon et a ainsi pu se servir de son vécu pour aider les acteurs à saisir la portée de leurs rôles.

Nick Robinson, que l’on a récemment vu dans « Jurassic World », est très convaincant dans le rôle de Simon. A ses côtés, Katherine Langford, Alexandra Shipp et Jorge Lendeborg Jr. incarnent ses meilleurs amis avec beaucoup de naturel et une joie de vivre communicative. A plusieurs reprises, le groupe d’amis nous rappelle le trio inséparable composé de Emma Watson, Logan Lerman et Ezra Miller dans l’excellent « Le Monde de Charlie », lui aussi adapté d’un roman. Les deux films ont en commun un héros introverti qui utilise la voix off pour nous narrer son histoire, et une vision de l’amitié comme étant une formidable bulle protectrice.

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Quel plaisir de retrouver la prometteuse Katherine Langford, qui nous avait tant fait pleurer dans « 13 Reasons Why » (https://moviesaddiction.fr/13-reasons-why-saison-2/). On aperçoit également Alex Standall (Miles Heizer). Au-delà des acteurs, « Love, Simon » et « 13 Reasons Why » partagent un environnement que l’on connaît bien : les familles appartenant à la classe moyenne supérieure américaine, les rues pavillonnaires, les adolescents qui se rendent en voiture au lycée, leur obsession pour les ragots, etc. A l’instar du blog Gossip Girl dans la série éponyme, les lycéens de « Love, Simon » alimentent un site nommé Creek Secrets, métaphore évidente des réseaux sociaux dans leur ensemble. Cette reprise d’éléments familiers n’empêche pas le film de faire preuve d’originalité. Ainsi, lors d’une énième soirée Halloween, on découvre le meilleur costume jamais inventé : « post-Presidency Barack Obama » c’est-à-dire un Barack Obama détendu vêtu d’une chemise jaune à manches courtes et d’un collier hawaïen. Brillant !

« Love, Simon » est une comédie dramatique juste. Régulièrement, l’équipe du film nous prouve qu’elle connaît bien son public. Les musiques pop de la bande originale nous parlent, tout comme la difficulté de la famille de Simon à choisir quelle série regarder (« The Affair » et « The Americans » sont mentionnées).

Cependant, le film de Greg Berlanti manque parfois de maturité. Les frasques du personnage de Martin (Logan Miller) agacent quelque peu. De plus, le scénario ne traite pas avec le même sérieux le mystère principal du film, adroitement orchestré, et les péripéties secondaires telles que les disputes entre Simon et ses amis. Celles-ci ne parviennent pas à nous intéresser car il est trop évident qu’elles seront rapidement réglées.

« Love, Simon » demeure une œuvre émouvante et savoureuse, qui nous fait successivement rire et pleurer. Comme Simon dans la nacelle de la grande roue, on passe d’un extrême à un autre. Côté rires, le film nous offre plusieurs scènes décalées mémorables. On pense à l’entrée imaginaire de Simon à l’université, ou encore aux coming out hétérosexuels qui se posent en miroirs de l’absurde et invitent à l’ouverture d’esprit. Côté pleurs, la scène la plus forte est certainement celle entre Simon et sa mère, parfaitement interprétée par Jennifer Garner. Les paroles prononcées par l’actrice sont d’autant plus touchantes qu’elles ne s’adressent pas seulement à Simon. Elles s’adressent aux spectateurs du film : aux adolescents qui ont besoin de les entendre, aux parents qui devraient les prononcer, et plus largement à toutes les personnes ayant besoin de réconfort. En mettant en scène une histoire qui souvent paraît idéale, « Love, Simon » réchauffe les cœurs. Certains lui reprochent son manque de réalisme mais, entre réalisme et optimisme, il est parfois préférable de choisir la seconde option.

Ma note : 15/20