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Sortie : 4 février 2009

Titre original : The Curious Case of Benjamin Button

Vu en : version originale sous-titrée

Ma critique : L’histoire de Benjamin Button est bel et bien étrange. Ce petit être né en 1918 possède une caractéristique hors du commun : son horloge biologique est inversée, si bien qu’au lieu de vieillir, il rajeunit au fil des ans. Issu d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald publiée en 1922, Benjamin Button est un personnage fascinant qui donnerait du fil à retordre à tout cinéaste souhaitant le porter à l’écran. En 2008, David Fincher relève le défi en se basant sur le scénario écrit par Eric Roth, connu notamment pour avoir remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour « Forrest Gump » en 1994.

Laissant les thrillers de côté, le réalisateur américain nous livre une œuvre de 2h35 qui s’étale sur presque un siècle (de 1918 à 2008). On voit défiler les époques sans jamais se sentir perdus, cela grâce aux sous-titres indiquant la date, aux dialogues mentionnant l’âge de Benjamin Button ainsi qu’à la reconstitution fidèle d’objets d’époque comme le gramophone.

Dans cette œuvre dense, les thèmes abordés sont riches : l’amour, la solitude, le deuil, le temps qui passe. Ceux-ci s’entrecroisent et revêtent une dimension philosophique. La phrase “I was thinking how nothing lasts, and what a shame that is.”, prononcée par Benjamin Button, résonne durant tout le film. Obnubilé par le temps qui passe, Benjamin Button s’escrime à fixer dans sa mémoire les instants les plus précieux, mais ceux-ci lui filent entre les doigts. A la vue de ce triste sort, les fans de l’excellente série « Six Feet Under » entendront certainement Nate Fisher leur chuchoter à l’oreille « You can’t take a picture of this. It’s already gone. » Le film et la série se rejoignent en effet sur plusieurs points, les deux principaux étant que tout le monde meurt et que nous devons faire de notre mieux pour profiter de chaque instant.

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Le vieillissement inversé de Benjamin Button est un dilemme depuis sa naissance, mais celui-ci prend réellement corps lorsque le jeune homme atteint la trentaine. Et c’est là que le film est réellement percutant. Comment vivre une histoire d’amour avec une femme qui vieillit alors que l’on rajeunit ? Le point d’équilibre entre les deux âges est si court. Comment envisager le futur en sachant que notre corps et notre esprit vont progressivement tout désapprendre ? Le jeu tout en retenue de Brad Pitt colle parfaitement à ce personnage en réflexion constante sur sa condition et sur le monde qui l’entoure. De son côté, Cate Blanchett est elle aussi impressionnante. Dans plusieurs scènes, les deux acteurs sont tout bonnement méconnaissables, cela grâce à des heures de maquillage ou à divers effets spéciaux. Ce travail considérable a été récompensé par les Oscars des meilleurs maquillages et des meilleurs effets visuels. Si on y ajoute l’Oscar des meilleurs décors, « L’étrange histoire de Benjamin Button » totalise trois statuettes dorées pour treize nominations.

On apprécie également la talentueuse Taraji P. Henson, toujours très crédible en mère chaleureuse, optimiste et ouverte d’esprit. Quelques années plus tard, elle protègera également son enfant dans la série « Empire » : le petit Jamal, rejeté par son père.

Si l’histoire de Benjamin Button est intéressante et inspirante, on ne peut pas dire qu’elle le soit dès le début. En effet, la narration ne fonctionne pas : on peine à croire à cette lecture de mémoires au chevet d’une Cate Blanchett mourante sur fond d’ouragan imminent. Cette partie contemporaine du récit n’apporte pas grand-chose.

En outre, la première heure du film n’est pas passionnante, voire quelque peu ennuyeuse. On se lasse rapidement du quotidien routinier de Benjamin Button à la maison de retraite. Même ses aventures en mer ne captent pas notre intérêt très longtemps, malgré une scène de guerre très réussie. Heureusement, plus les minutes passent et plus le film devient passionnant. On s’attache au duo d’amis puis d’amoureux que forment Benjamin et Daisy. Leurs rencontres au fil des ans rappellent parfois « Harry rencontre Sally » (dont vous trouverez ma critique ici : https://moviesaddiction.fr/harry-rencontre-sally/). Les scènes les plus marquantes sont celles où leur dilemme est le plus visible : la scène où un Benjamin adolescent revient voir Daisy dans son école de danse, et la scène où Daisy berce un Benjamin bébé dans ses bras. Mémorables !

Ma note : 14/20