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Sortie : 17 octobre 2018

Ma critique : Le 11 février 2016, sort « Perfetti Sconosciuti » (littéralement « Parfaits Inconnus ») de Paolo Genovese. Dans cette comédie dramatique italienne, sept amis d’enfance se retrouvent pour dîner et s’adonnent à un jeu un peu particulier : chacun pose son téléphone portable au milieu de la table et s’engage à lire à voix haute tous les messages qu’il recevra durant la soirée. A priori rien d’inquiétant, à moins qu’on ait quelque chose à cacher…

Ce pitch amusant attire l’attention du réalisateur espagnol Álex de la Iglesia, qui l’adapte en 2017 sous le nom de « Perfectos Desconocidos » (également « Parfaits Inconnus »). Cette année, le réalisateur Fred Cavayé rompt la tradition de la traduction littérale et nous offre une version française intitulée « Le Jeu ». Les protagonistes sont interprétés par Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Doria Tillier, Stéphane De Groodt, Vincent Elbaz, Grégory Gadebois et Roschdy Zem. Tous sont convaincants et laissent transparaître une certaine complicité.

Etant donné que leurs personnages se connaissent depuis des années, aucune présentation n’est faite, mais les dialogues sont habilement écrits de sorte qu’on identifie rapidement les liens qui les unissent. Des premières minutes du film se dégage une atmosphère chaleureuse, joviale et inclusive : on a comme l’impression d’être le huitième invité de cette soirée entre amis. « Le Jeu » est d’abord une œuvre qui nous fait rire et sourire. Toutes les répliques comiques ne font pas mouche, mais elles participent à la bonne ambiance générale.

Une bonne ambiance néanmoins relative car la plupart des invités semblent déployer des efforts surhumains pour masquer leur mal être. Entre deux boutades, on note des sourires crispés, des regards accusateurs et des silences qui en disent long. Très vite, le huitième invité que nous sommes se transforme en détective. On rassemble les indices afin d’identifier la cause du malaise. C’est là que le jeu des téléphones portables joue un rôle crucial puisqu’il va mettre un puissant coup de projecteur sur les nombreuses zones d’ombre.

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« Le Jeu » passe alors de la comédie au drame, et sa forme de huis clos en devient oppressante. La tension monte crescendo, tout comme le taux d’alcoolémie des personnages. Les rires laissent place à la tristesse et aux cris de détresse car chaque révélation est plus grave que la précédente.

Le film nous amène à des réflexions intéressantes. La question posée n’est pas simplement « Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? », c’est plus complexe que cela. L’amour et l’amitié sont scrutés avec un réalisme teinté de pessimisme. En dépeignant trois couples, le film nous propose trois angles d’observation différents. Les uns sont confrontés à la difficulté de maintenir la flamme après quinze années de mariage, les autres ont du mal à gérer la crise d’adolescence de leur fille, quand le troisième couple vient tout juste de se marier. Tous partagent néanmoins une caractéristique commune : ils sont rongés par le mensonge et les non-dits.

Bien que très douloureux, le jeu des téléphones portables est ainsi salvateur puisqu’il pousse les personnages à la catharsis. Mais, tout compte fait, connaître la vérité était-il souhaitable ? C’est ce que questionne la fin du film, en forme de revirement inattendu et plutôt original dans un tel contexte. Cette interrogation rappelle celle que nous avions à la fin de l’épisode de « Black Mirror » intitulé « The Entire History of You » (saison 1, épisode 3). Se demander si, à la place de tel ou tel personnage, nous aurions préféré connaître la vérité, nous amène ensuite à nous demander si, dans notre vie de tous les jours, nous préférions également la connaître ou non.

 « Le Jeu » aura réussi le pari de nous émouvoir et de nous faire réfléchir. Son succès en salles (plus d’un million d’entrées) est amplement mérité !

Ma note : 15/20