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Diffusion : 18 juillet 2018

Titre original : The Miseducation of Cameron Post

Vu en : version originale sous-titrée

Ma critique : En 2014, l’actrice, réalisatrice, scénariste et productrice américaine Desiree Akhavan réalise son premier long-métrage. Inédit en France, « Appropriate Behaviour » ouvre une fenêtre sur la vie de Shirin, une jeune Iranienne – incarnée par Desiree Akhavan elle-même – qui peine à assumer sa bisexualité. Cette thématique des questionnements autour de la sexualité semble être chère à Desiree Akhavan puisqu’on la retrouve, quatre ans plus tard, dans son deuxième long-métrage. « The Miseducation of Cameron Post », sorti en France sous le nom de « Come as you are », est l’adaptation du roman éponyme de Emily M. Danforth publié en 2012. Il traite d’un sujet important mais rarement abordé : les thérapies de conversion sexuelle, destinées à « guérir » les jeunes de leur homosexualité.

Selon le William Institute, rattaché à l’école de droit de l’Université de Los Angeles, 698 000 personnes ont déjà subi une telle thérapie aux Etats-Unis, dont 350 000 lorsqu’elles étaient mineures. Sur les 50 états que compte le pays, seuls 9 interdisent les thérapies de conversion sexuelle : Californie, Connecticut, Illinois, Nevada, New Jersey, Nouveau Mexique, Oregon, Rhode Island, Vermont et Washington. Le premier d’entre eux à les interdire fut la Californie, en 2012. A l’échelle mondiale, le Brésil fut le premier pays à interdire les thérapies de conversion sexuelle, en 1999. Et, à l’échelle européenne, Malte fut le premier pays à les interdire, en 2016.

Pour Desiree Akhavan, l’objectif de « Come as you are » est clair : informer les spectateurs de l’existence des thérapies de conversion sexuelle et dénoncer ces pratiques qui sont extrêmement dangereuses psychologiquement. Pour cela, la réalisatrice se refuse à choquer son audience et nous épargne ainsi les viols, les électrochocs ou encore l’hypnose. Elle nous présente plutôt la prière ainsi que l’introspection permanente, notamment à travers l’excellente métaphore de l’iceberg. A l’instar des séries « The Sinner » et « The Handmaid’s Tale », c’est sous couvert de religion que des extrémistes mènent une purge de ce qu’ils considèrent comme des vices. On note que, dans « The Handmaid’s Tale », les lesbiennes sont considérées comme des « unwomen » (non-femmes) et n’échappent à la condamnation à mort que si elles peuvent procréer. Pour les dirigeants de God’s Promise, le centre de thérapie de conversion sexuelle où se déroule « Come as you are », l’homosexualité est une maladie. Comme beaucoup d’autres maladies, elle s’est vu attribuer un acronyme : SSA, pour “same-sex attraction”. On parle même de « ex-gays » pour désigner les pensionnaires « guéris ». Le champ lexical de la maladie est omniprésent.

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L’établissement God’s Promise est une prison dans laquelle les jeunes homosexuels ont été envoyés de force. Comme dans les films « The Road Within » et « To The Bone » (actuellement sur Netflix), les pensionnaires surmontent cette épreuve en tissant des liens forts qui nous émeuvent. Leur humour et leur sarcasme forment un bouclier contre le glauque. « Come as you are » nous offre plusieurs scènes d’une grande beauté. On pense notamment à la chanson dans la cuisine ou à la soirée collage. Il est regrettable qu’il n’y ait pas davantage de séquences de cette trempe, d’autant plus que les acteurs ont un énorme potentiel. La jeune Chloë Grace Moretz est épatante, tout comme dans le très bon « Brain On Fire » actuellement sur Netflix (ma critique : https://moviesaddiction.fr/brain-on-fire/). Ses camarades de jeu John Gallagher Jr. et Sasha Lane sont convaincants même si, dans un rôle similaire, on préfèrera largement à cette dernière Zoë Kravitz de « The Road Within » (ma critique : https://moviesaddiction.fr/the-road-within/).

« Come as you are » ne prend pas suffisamment de risques. Il ne parvient pas à dépasser sa mission descriptive du quotidien de l’établissement et nous laisse un sentiment d’inachevé. Certains éléments auraient mérité d’être approfondis. On pense par exemple à l’instant de doute où Cameron se demande si la voie dessinée par l’établissement n’est pas finalement celle qu’elle devrait suivre. Développer ces pointes de naïveté et de détresse sincère aurait contribué à donner davantage de relief au personnage de Cameron. « Come as you are » se clôture sur une note positive, indéniablement porteuse d’espoir. Celle-ci s’inscrit dans la continuité du titre original du film – « The MISeducation of Cameron Post » – qui prenait déjà la défense des jeunes pensionnaires. Ce titre est d’ailleurs tellement essentiel qu’il figure sur l’affiche française du film.

Ma note : 14/20