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Sortie : 22 juin 2018 sur Netflix France

Vu en : version originale sous-titrée

Ma critique : Après un court et deux longs métrages tournés dans son Irlande natale, le réalisateur Gerard Barrett sort de sa zone de confort et s’envole vers les Etats-Unis. Il adapte le roman autobiographique de Susannah Cahalan, intitulé « Brain on Fire: My Month of Madness » (2012). La jeune new-yorkaise y raconte comment, à l’âge de 24 ans, elle a été frappée par une maladie auto-immune rare qui lui a progressivement fait perdre ses capacités psychiques et physiques.

A l’écran, Susannah est incarnée par la talentueuse Chloë Grace Moretz, que l’on reverra cet été au cinéma dans son dernier film « Come as you are » réalisé par Desiree Akhavan. La jeune actrice est remarquable dans le rôle de cette femme impuissante et prisonnière d’un corps qui ne lui répond plus. « Have you ever been trapped? Lost in your own body, lost in your own mind, lost in time? So desperate to escape, to just get out. » demande Susannah pour tenter de mettre des mots sur ce qui lui arrive.

Tout le challenge de « Brain on Fire » réside dans la retranscription d’une décrépitude mentale. Comment montrer aux spectateurs toute l’étendue de la souffrance de Susannah ? Le réalisateur Gerard Barrett et son équipe ont relevé ce défi haut la main. Evidemment, certains symptômes sont plus faciles à porter à l’écran. C’est le cas de la paranoïa, l’humeur changeante ou de la perte de motricité. Toutefois, pour les symptômes invisibles de l’extérieur, l’inventivité est de mise. Pour les vertiges et les hallucinations, le réalisateur use adroitement des rotations de caméra, souvent combinées à des zooms. En outre, il dérègle les sons qui entourent Susannah : les bruits discrets sont anormalement forts et les bruits forts sont fortement atténués. La réalité nous est montrée telle que Susannah la perçoit, c’est-à-dire déformée. En la matière, le film nous offre deux scènes mémorables. La première est lorsque Susannah tourne sur sa chaise de bureau jusqu’à ce que son visage soit comme déformé par l’énergie cinétique. La seconde scène, encore plus marquante, est lorsque Susannah se positionne devant un miroir mais ne se voit pas dedans. Cette métaphore est pleine de sens : la Susannah telle qu’on la connaît a disparu, elle-même ne se reconnaît plus.

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Autour de Susannah, gravitent plusieurs personnes de son entourage : son petit-ami (Thomas Mann), son patron (Tyler Perry), sa collègue pleine d’humour (Jenny Slate) et ses parents séparés (Carrie-Anne Moss et Richard Armitage). Peut-être le film aurait-il dû durer quinze minutes de plus afin que l’on prenne le temps de mieux les connaître et de voir comment ils vivent l’hospitalisation de Susannah. Mais là n’était pas l’objectif. « Brain on Fire » est volontairement centré sur Susannah. La voix off de la jeune femme ouvre d’ailleurs le film, puis le clôture. Là encore, il s’agit d’une métaphore intéressante : comme ses proches, nous avons perdu Susannah pendant la durée de sa maladie.

Pour le réalisateur Gerard Barrett, l’objectif de « Brain on Fire » est clair : sauver des vies en informant le grand public de l’existence de cette maladie. Mais le film n’est pas uniquement didactique, il s’attache aussi à montrer la raison principale pour laquelle cette maladie n’est pas connue : comment peut-elle être connue du grand public si elle n’est pas connue des médecins eux-mêmes ? Le corps médical est ici vivement critiqué. On se révolte lorsqu’on voit que certains médecins bâclent l’examination des symptômes de Susannah et minimisent ses dires. A l’inverse, d’autres médecins sont de bonne foi mais, malgré tous leurs efforts, ils ne parviennent pas à trouver la cause des maux de Susannah. Ce film est donc avant tout adressé aux médecins et aux patients. C’est une véritable mise en garde, une incitation à prêter attention à ces symptômes qui individuellement sont partagés par plusieurs maladies mais qui, pris dans leur ensemble, pointe vers cette maladie auto-immune rare qui porte le nom d’encéphalite à anticorps antirécepteurs NMDA. « Brain on Fire » se clôture sur les chiffres concernant cette maladie, et ils sont édifiants. Susannah est la 217ème personne dans le monde à avoir été diagnostiquée, elle a ainsi pu guérir. Mais combien de personnes sont actuellement internées en hôpital psychiatrique car les médecins n’ont pas diagnostiqué la bonne maladie ?

Ma note : 15/20