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Diffusion : le 18 mai 2018 sur Netflix

Vu en : version originale sous-titrée

Ma critique : Le 31 mars 2017, Netflix a mis en ligne la première saison de sa série originale « 13 Reasons Why ». Basée sur le roman éponyme de Jay Asher publié en 2007, la série dévoile la face sombre de l’adolescence à travers le suicide d’une lycéenne. La jeune Hannah Baker laisse derrière elle des cassettes audio dans lesquelles elle explique les treize raisons qui l’ont poussée à mettre fin à ses jours. Dans son récit narré à voix haute, Hannah ne présente pas son suicide comme un acte soudain et irréfléchi, mais comme une solution d’abord esquissée à demi-mots qui, au fur et à mesure des sévices que l’adolescente subit, fait de plus en plus sens dans sa tête. C’est là tout le travail d’équilibriste de la série que de montrer ce sentiment de détresse ultime puis de le contrer immédiatement en faisant comprendre aux spectateurs que l’acte Hannah n’est pas une solution, que le suicide ne doit jamais être une option. Décriée par les uns car elle glorifierait le suicide, saluée par les autres pour sa capacité à ouvrir le débat sur des sujets tabous comme le harcèlement scolaire ou le viol, « 13 Reasons Why » fait couler beaucoup d’encre.

Forte de son rayonnement mondial, la série se complaît dans les louanges qui lui sont adressées et ne souhaite pas s’en défaire. Très vite, on apprend qu’une suite se prépare. Et, le 18 mai 2018, treize nouveaux épisodes sont mis en ligne. Comme « Broadchurch » avant elle, la nouvelle pépite de Netflix choisit la thématique judiciaire pour étirer en longueur une histoire qui se suffisait à elle-même. C’est ainsi que les parents d’Hannah Baker portent plainte contre le lycée où étudiait leur fille unique.

Inutile sur le papier, cette deuxième saison comporte son lot de défauts. Certains traduisent un aspect enfantin de la série. On pense notamment au chantage grossièrement orchestré par Montgomery. De tels agissements, dignes d’un personnage de la série « Pretty Little Liars », n’ont pas leur place dans une série qui nous a habitués à bien plus de maturité. D’autres défauts semblent être dus au fait que la deuxième saison n’avait pas été anticipée. En essayant de donner de la consistance à certains témoignages, notamment celui de Zach Dempsey, les scénaristes inventent des histoires qui s’accordent difficilement avec l’ensemble compact et cohérent de la première saison. La technique qui consiste à puiser continuellement dans le passé de Hannah afin de créer des rebondissements montre rapidement ses limites. Cela est particulièrement visible lorsque témoigne à la barre une jeune femme qui se plaint d’avoir été harcelée par Hannah. Si l’objectif de l’avocate de l’école est évidemment de salir la réputation de Hannah par ce témoignage, c’est finalement la série toute entière qui, dans de telles scènes, décrédibilise son personnage clé en lui prêtant mille-et-une personnalités. Et c’est dommage car, jusque-là, « 13 Reasons Why » s’était montré très compétente dans la création de personnages crédibles. La série a en effet réussi l’exploit de ne jamais tomber dans la caricature au moment de décrire ces lycéens et leur mal être. On demeure marqués par leurs personnalités déjà si affirmées, leurs peurs et leur détresse sourde. L’écriture est juste, soignée et sublimée à l’écran par de jeunes acteurs qui donnent le meilleur d’eux-mêmes.

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L’année dernière, Hannah nous présentait son histoire avec ses propres mots. Dans cette deuxième saison, le micro change de main. La série donne aux différents témoins appelés à la barre la possibilité de donner leur version des faits. Ces contre-témoignages – qui portent souvent sur des événements dont on a déjà connaissance – créent quelques redondances et le rythme du récit en pâtit. Toutefois, le créateur de la série Brian Yorkey limite les dégâts en reléguant une partie des témoignages au rang de voix-off de l’épisode, faisant ainsi écho à la voix-off de Hannah qui avait rythmé l’intégralité de la première saison. En parallèle du procès intenté au Liberty High School, l’année scolaire poursuit son cours dans ce lycée. C’est l’occasion pour la série d’approfondir des thèmes déjà abordés dans la première saison, et d’en traiter de nouveaux.

Le thème principal de la deuxième saison de « 13 Reasons Why » est indéniablement la guérison. La série insiste particulièrement sur le processus de guérison de quatre personnages. D’abord, il y a bien sûr Clay. Absolument traumatisé par la mort de Hannah, l’adolescent est constamment énervé et a des hallucinations. L’actrice Katherine Langford est bien présente dans cette saison mais elle n’incarne pas la « vraie » Hannah. Celle qu’elle incarne n’est qu’une projection du cerveau de Clay, un fantôme qui le hante. Cette hallucination est intéressante car elle est à la fois un signe flagrant de la dégradation de la santé mentale de Clay et une façon pour lui d’aller mieux. C’est en effet en discutant avec elle qu’il parvient petit à petit à extérioriser ce qu’il ressent, jusqu’à finalement s’en libérer.

Il y a ensuite la guérison de Jessica. Depuis que Bryce l’a violée, la jeune femme se sent prisonnière d’un corps qui n’est plus le sien. Son stress post-traumatique la fait souffrir et croiser son agresseur chaque jour au lycée n’arrange rien. Mais elle s’accroche et, grâce aux groupes de parole et au soutien inconditionnel de ses amis, elle remonte progressivement la pente. Le combat de Jessica est d’autant plus important qu’il montre aux spectateurs qu’il existe une alternative au suicide. La série se penche également sur le sort d’Alex, handicapé suite à sa tentative de suicide. A sa souffrance psychique, s’ajoute une souffrance physique que ne connaissent pas les autres personnages. Enfin, nous découvrons le processus de guérison des parents de Hannah, et plus particulièrement de sa mère Olivia incarnée à la perfection par Kate Walsh. Là encore, la série vise juste et dépeint le deuil comme un chemin très personnel que chacun empreinte à sa façon et à son rythme. Les parents en général sont d’ailleurs plus présents dans cette deuxième saison. Ils sont inquiets mais impliqués et n’ont pas peur d’ouvrir le dialogue avec leurs enfants. Ces parents demeurent à côté de la plaque, mais ils semblent faire de leur mieux. En les dépeignant ainsi, la série évite l’écueil des parents complètement déconnectés que l’on pourrait blâmer, et incite ainsi les spectateurs à la plus grande vigilance. Le message est clair : les adolescents ont une impressionnante capacité à dissimuler leur peine et leurs tracas.

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Dans cette deuxième saison, « 13 Reasons Why » utilise les mêmes outils qu’auparavant mais frappe plus fort. Son message se durcit et sa portée politique s’élargit. Aux thèmes préexistants du suicide, du harcèlement scolaire et du viol, s’ajoutent la toxicomanie, le port d’arme, la culture du viol, les travers du système judiciaire et le racisme. Comme le résume très bien Jessica dans l’épisode 3, « Hannah is gone. And she was sweet and sensitive and white. Look at what they are doing to her. Don’t you get it? I’m not the right kind of victim to go against Bryce Walker, not when it’s his words against mine.« 

La série dénonce la loi du silence qui entretient la culture du viol et nous force à constater l’insupportable sentiment d’impunité de personnes comme Bryce Walker. Comme cela est très justement dit dans un ensemble d’interviews intitulé « 13 Reasons Why – Beyond The Reasons », la fameuse club house est la parfaite métaphore de cette culture du viol : un lieu clos, secret, dont l’apparent pouvoir peut rapidement se dissiper si quelqu’un décide d’en parler.

Comme dans la première saison, ces thèmes délicats vont de pair avec des scènes crues, voire choquantes, complètement assumées par le créateur Brian Yorkey et son équipe. Mais, cette fois-ci, les spectateurs sont mieux avertis. La série s’ouvre en effet sur un message de cinquante secondes délivré par quatre acteurs de la série. La phrase la plus importante est prononcée par Alisha Boe : « If you are struggling with these issues yourself, this series may not be right for you or you may want to watch it with a trusted adult.

Ma note : 15/20